Si votre gratin baigne dans un fond d’eau au sortir du four, la crème n’y est pour rien. Le liquide vient du légume lui-même : courgette, pomme de terre, blette et chou-fleur sont composés de 80 à 95 % d’eau, que la chaleur libère en cassant les parois cellulaires. Tant que cette eau n’a nulle part où partir, elle s’accumule sous le fromage. Voici les gestes qui la sortent avant, pendant et après la cuisson.

  1. L’eau vient du légume, pas de la crème ni du fromage.
  2. Dégorger au sel 30 minutes fait sortir une partie de l’eau avant cuisson.
  3. Un plat trop haut empêche l’évaporation : préférez large et peu profond.
  4. La crème entière tient mieux que la crème allégée, qui se déphase.
  5. Un gratin se repose 10 minutes avant d’être servi.

D’où vient exactement ce liquide

Un légume cru est une structure de cellules gorgées d’eau, maintenues par des parois. La chaleur détruit ces parois : l’eau qui était retenue à l’intérieur devient libre et s’écoule. Une courgette contient autour de 95 % d’eau, une pomme de terre environ 80 %. Sur un plat de six personnes, cela représente facilement un demi-litre de liquide potentiel.

La crème et le fromage, eux, apportent surtout de la matière grasse. S’ils se séparent et rendent un liquide clair, ce n’est pas un problème de quantité mais de nature : une crème allégée, pauvre en matière grasse, se déphase à la cuisson. Une crème entière à 30 % tient.

Avant le four : faire sortir l’eau

Pour les légumes très aqueux — courgette, aubergine, chou-fleur, blette — la méthode la plus efficace reste le dégorgeage au sel. Coupez, salez légèrement, laissez reposer 30 minutes dans une passoire, puis pressez dans un torchon. Le sel fait sortir l’eau par osmose, et une bonne partie du travail est faite avant même d’allumer le four.

Deuxième option, complémentaire : la pré-cuisson. Poêler rapidement les rondelles à feu vif, ou les passer au four sec dix minutes, évapore l’eau de surface et amorce la coloration. Pour la pomme de terre, la pré-cuisson dans le lait est la solution traditionnelle du dauphinois : l’amidon libéré épaissit le liquide au lieu de le laisser couler.

Gratin de légumes doré dans un plat en céramique sortant du four
Un plat large et peu profond laisse l’eau s’évaporer au lieu de s’accumuler sous le fromage. Photo d’illustration.

Pendant la cuisson : laisser l’eau partir

Le choix du plat compte plus qu’on ne l’imagine. Un plat haut et étroit concentre les légumes sur plusieurs centimètres : l’eau du fond n’atteint jamais la surface et ne s’évapore pas. Un plat large et peu profond, avec deux ou trois couches maximum, laisse la vapeur s’échapper tout au long de la cuisson.

Ne couvrez pas d’aluminium jusqu’au bout. Si vous le faites pour attendrir un légume dense, retirez la feuille pour le dernier tiers de cuisson, sinon la vapeur retombe dans le plat. Enfin, une température trop basse est contre-productive : à 150 °C, l’eau sort sans s’évaporer. Visez 180 à 200 °C.

Après le four : les dix minutes qui manquent

Un gratin servi à la seconde où il sort du four coule presque toujours. En refroidissant légèrement, les amidons et les protéines se resserrent et retiennent le liquide : dix minutes de repos suffisent à transformer une flaque en sauce. C’est le même principe que pour une viande rôtie qu’on laisse reposer avant de la trancher.

Si malgré tout il reste du liquide, ne le jetez pas : c’est un bouillon de légumes concentré, parfait pour démarrer une soupe ou pour détendre une purée le lendemain. Le réflexe anti-gaspi vaut ici comme pour les fanes et les épluchures.

Le récapitulatif, dans l’ordre

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