Un riz qui colle n’est pas un riz trop cuit : c’est un riz dont on n’a pas enlevé l’amidon avant de le mettre à l’eau. Les grains se frottent les uns aux autres pendant le transport et le stockage, et cette abrasion dépose à leur surface une fine poudre blanche. Au contact de l’eau chaude, elle se transforme en colle. Tout le reste — la quantité d’eau, le couvercle, le temps de repos — vient après, et ne rattrape jamais complètement une première étape sautée.

  1. La cause n°1 : l’amidon libre en surface des grains, pas la durée de cuisson.
  2. Rincer jusqu’à ce que l’eau soit claire — souvent 3 à 5 fois, pas une.
  3. Ne jamais remuer un riz pendant sa cuisson : chaque coup de cuillère arrache de l’amidon.
  4. Le repos de 10 minutes hors du feu, couvercle fermé, fait autant que la cuisson.
  5. Certains riz doivent coller : risotto, riz à sushi, riz au lait. On ne les rince pas pareil.

Pourquoi il colle, vraiment

Un grain de riz est essentiellement composé d’amidon, sous deux formes : l’amylose, qui donne des grains fermes et séparés, et l’amylopectine, qui gonfle et devient collante. Les riz longs — basmati, thaï, riz long grain — sont riches en amylose. Les riz ronds — arborio, riz à sushi, riz rond dessert — sont riches en amylopectine. C’est pour cela qu’un risotto crémeux ne se fait pas avec du basmati, et qu’un basmati collant n’est pas normal.

Mais avant même cette chimie interne, il y a un problème de surface. Les grains s’abîment en frottant les uns contre les autres, du champ jusqu’au paquet, et se couvrent d’une poussière d’amidon libre. Cette poudre-là n’a rien à voir avec la variété : elle est là quel que soit le riz, et elle se gélatinise dès qu’elle touche l’eau chaude. Résultat : les grains se soudent entre eux avant même d’être cuits.

C’est exactement le même mécanisme que celui qui fait qu’un gratin rend de l’eau au fond du plat : le problème n’est pas dans la recette, il est dans ce qu’on n’a pas retiré avant de commencer.

Riz blanc cuit aux grains détachés dans une casserole
Des grains séparés dépendent surtout de ce qu’on fait avant la cuisson. Photo d’illustration.

Rincer, mais correctement

« Rincer le riz » est un conseil que tout le monde connaît et que presque personne n’applique jusqu’au bout. Un passage rapide sous le robinet ne suffit pas : il faut frotter les grains entre les doigts dans un saladier d’eau froide, jeter l’eau devenue laiteuse, et recommencer. Comptez trois à cinq fois, jusqu’à ce que l’eau reste à peu près claire.

C’est visuel, et c’est le seul critère qui vaille : tant que l’eau blanchit, il reste de l’amidon à enlever. Sur un riz basmati de bonne qualité, deux rinçages peuvent suffire ; sur un riz long premier prix, il en faut parfois six.

Un mot sur une pratique répandue : faire tremper. Pour le basmati, un trempage de 20 à 30 minutes après rinçage hydrate le grain avant la cuisson, ce qui l’aide à s’allonger sans se casser. Ce n’est pas indispensable, mais ça change la texture. Si vous trempez, réduisez l’eau de cuisson en conséquence, sinon le riz sera détrempé.

La cuisson : deux règles, et une interdiction

La méthode par absorption est la plus fiable pour un riz détaché. Le rapport de départ est d’un volume de riz pour un volume et demi d’eau pour un riz long rincé — pas le double, contrairement à ce qu’indiquent beaucoup de paquets. On porte à ébullition, on baisse au minimum, on couvre, et on laisse dix à douze minutes.

L’interdiction, c’est de remuer. Chaque passage de cuillère casse les grains en surface et libère de l’amidon frais dans l’eau — précisément ce qu’on vient de passer cinq minutes à enlever. Un riz qui cuit ne se touche pas. Ce réflexe vient du risotto, où l’on remue justement pour extraire l’amidon et obtenir du crémeux : c’est la même action, avec l’objectif inverse.

Enfin, la partie que presque tout le monde saute : le repos. Hors du feu, couvercle fermé, dix minutes. Pendant ce temps l’humidité se répartit dans le grain, qui finit de gonfler sans cuire. C’est ce qui sépare un riz correct d’un riz vraiment réussi, et ça ne coûte rien.

Les riz qu’il ne faut surtout pas dé-coller

Tout ce qui précède vaut pour un riz d’accompagnement. Certaines préparations réclament l’inverse, et les rincer serait une erreur.

Le risotto se fait avec un riz rond non rincé, nacré dans la matière grasse puis mouillé louche par louche, en remuant, pour extraire l’amidon qui fera la crème. Le riz à sushi se rince — pour la propreté et la brillance — mais reste choisi collant, parce qu’il doit tenir en boule. Le riz au lait profite de tout l’amidon disponible : on ne le rince pas.

Et si malgré tout votre riz a collé, il n’est pas perdu : étalé sur une plaque pour refroidir vite, il devient la base idéale d’un riz sauté le lendemain — un riz cuit de la veille, un peu sec, tient bien mieux à la poêle qu’un riz fraîchement cuit. C’est le même principe que pour le pain rassis, qui devient meilleur pour certains usages.

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