« Un, deux ou trois centimes sur les pâtes, peut-être un centime sur la farine ou la charcuterie » : le président des industries alimentaires a chiffré, ce 2 septembre, les hausses que ses adhérents veulent obtenir. Dans la foulée, Michel-Édouard Leclerc a répondu qu’il les absorberait. Voici ce que ce bras de fer signifie pour votre caddie, et pourquoi les deux peuvent avoir raison en même temps.
- Hausses demandées : 1 à 3 centimes sur un paquet de pâtes, environ 1 centime sur la farine.
- Causes citées : sécheresse et canicule, plus le coût de l’énergie et de la logistique.
- Pour la première fois, l’agroalimentaire français ferme plus d’usines qu’il n’en ouvre.
- Leclerc annonce absorber la hausse sur ses marges.
- Rien n’est acté : tout se joue dans les négociations commerciales.
Ce qui a été dit, et par qui
Jean-François Loiseau, président de l’Ania — l’association qui rassemble les industries alimentaires françaises —, était l’invité de BFM Business ce mercredi. Son message : l’été caniculaire ne s’arrête pas aux champs.
« Ça touche forcément aussi les transformateurs, nous subissons les baisses de productions agricoles, végétales ou animales », explique-t-il. Fruits et légumes, céréales et notamment blé dur — la matière première des pâtes — voient leurs rendements reculer. Et les usines elles-mêmes encaissent la chaleur : « elles utilisent de l’eau, du froid… ».
S’y ajoute un second facteur, sans rapport avec le climat : la hausse des prix du pétrole liée à la guerre au Moyen-Orient, qui pèse « sur la logistique, sur le prix des plastiques, sur les gaz », dont le CO₂ utilisé dans la chaîne du froid.

Des centimes, pas des euros
C’est le chiffre à retenir, et il mérite d’être pris au sérieux dans les deux sens. L’Ania évoque « quelques centimes » : un, deux ou trois centimes sur les pâtes, « peut-être un centime sur la farine ou la charcuterie ».
Rapporté à un paquet de pâtes à 1,20 euro, trois centimes représentent environ 2,5 %. Ce n’est pas la flambée de 2022-2023, et il faut le dire clairement. Mais ces hausses s’ajoutent à celles déjà constatées cet été sur les produits frais, en hausse de 5,8 % sur un an en août, et à celles qui s’annoncent sur le café, le chocolat et le beurre pour des raisons climatiques.
Le signal qui inquiète les industriels
Une phrase du président de l’Ania mérite plus d’attention que les centimes : « Pour la première fois cette année, dans l’agroalimentaire, nous fermons plus d’usines que nous en ouvrons. Ce n’est pas normal dans un pays comme la France. »
C’est un argument de négociation, il faut le lire comme tel. Mais il pointe une réalité de fond : quand les coûts montent et que les prix de vente sont bloqués, la variable d’ajustement finit par être l’outil industriel — donc, à terme, l’origine des produits en rayon.
La réponse des distributeurs
Le même mercredi matin, sur TF1, Michel-Édouard Leclerc a confirmé la hausse côté achats, tout en promettant de ne pas la répercuter : « On achètera plus cher et on prendra sur nos marges, on ne répercutera pas sur le consommateur. Je ne pense pas qu’il y aura une grosse inflation. »
Du côté de la Coopérative U, Dominique Schelcher tient une position voisine et défend, pour financer les hausses de salaires, une augmentation de la TVA — sauf sur les produits de première nécessité.
Ces déclarations arrivent au moment où s’ouvre la partie qui compte vraiment : les négociations commerciales annuelles entre industriels et distributeurs. Historiquement tendues, elles se concluent souvent loin des demandes initiales.
Ce que ça change concrètement pour vous
À court terme, peu de chose : les prix en rayon ne bougent pas du jour au lendemain, et les deux camps annoncent vouloir protéger le ticket de caisse. Trois points méritent malgré tout d’être suivis.
- Les produits à base de blé dur (pâtes, semoule, couscous) sont les plus directement exposés.
- Les marques de distributeur servent traditionnellement d’amortisseur : c’est là que l’écart se creuse le plus vite.
- Les promotions sont le premier levier ajusté quand les marges se resserrent — une hausse peut se cacher dans une promo qui disparaît.
Autrement dit, ce n’est pas l’étiquette du paquet de pâtes qu’il faut surveiller cet automne, mais le prix au kilo et la fréquence des offres.