Près d’un enfant sur quatre dépasse la dose journalière tolérable de cadmium par son alimentation. Ce n’est pas un chiffre de réseau social : il vient de l’Anses, et l’Inserm vient de le remettre sur la table dans un dossier publié le 31 août. Les Français sont trois à quatre fois plus imprégnés que leurs voisins européens, et les pâtes ne sont qu’une partie du problème.

  1. Les Français sont 3 à 4 fois plus imprégnés au cadmium que les autres Européens.
  2. Près d’un enfant sur quatre dépasse la dose journalière tolérable via l’alimentation.
  3. Le métal a été détecté dans 89 % des produits alimentaires analysés par l’Anses.
  4. Principaux contributeurs : produits céréaliers, pain, pommes de terre, pâtes.
  5. Il reste 10 à 30 ans dans le rein et est classé cancérogène depuis 2012.

Pourquoi ce sujet revient maintenant

Le cadmium est revenu dans l’actualité fin août avec le test de 60 Millions de consommateurs sur 36 paquets de pâtes. L’Inserm a saisi l’occasion pour publier, le 31 août, un dossier qui remet le sujet à sa vraie échelle : le problème n’est pas un rayon, c’est un sol.

Et il n’est pas neuf. La présence du métal dans notre alimentation est documentée depuis 2011. Ce qui a changé, c’est l’ampleur mesurée : le dernier rapport de l’Anses, fruit du travail d’une soixantaine d’experts, décrit des niveaux d’imprégnation de la population française trois à quatre fois supérieurs à ceux observés ailleurs en Europe.

Épis de blé mûr dans un champ sous un ciel gris
Le cadmium arrive dans l’assiette par les sols agricoles. Photo d’illustration.

D’où vient le cadmium dans l’assiette

Parmi toutes les sources possibles — air, poussières, cosmétiques, tabac, contact cutané —, c’est l’alimentation qui pèse le plus dans notre imprégnation, explique la toxicologue Géraldine Carne, coordinatrice de l’étude de l’Anses.

Les aliments les plus contributeurs ne sont pas les plus suspects a priori. Ce sont ceux qu’on mange tous les jours, en quantité : les produits céréaliers (biscuits, viennoiseries, céréales du petit-déjeuner), le pain, les pommes de terre et les produits à base de blé comme les pâtes. À forte consommation, les crustacés et le chocolat s’ajoutent à la liste.

La raison est agronomique : ces produits poussent sur des sols enrichis pendant des décennies avec des engrais minéraux phosphatés qui contiennent naturellement du cadmium. Le métal s’accumule dans la terre, puis passe dans la plante. C’est pour cela que le problème ne se règle pas en changeant de marque : dans la troisième étude de l’alimentation totale de l’Anses, le cadmium a été détecté dans 89 % des produits analysés.

Ce que ça fait au corps

« Une personne sur deux possède des concentrations trop élevées de cadmium dans l’organisme », résume Xavier Coumoul, professeur de toxicologie à l’université Paris Cité. Sa particularité : il est extrêmement persistant, avec une durée de séjour de 10 à 30 ans dans le rein.

Son caractère cancérogène est établi depuis 2012 — avéré pour le cancer du poumon en milieu professionnel par inhalation, suspecté pour d’autres localisations en population générale. Il est aussi considéré comme un perturbateur endocrinien, ce qui est inhabituel pour un métal, et il fragilise le squelette en s’accumulant dans les os, avec un risque accru de fractures et d’ostéoporose. Chez l’enfant, des effets sur le neurodéveloppement sont à l’étude.

Ce qu’il ne faut surtout pas en conclure

C’est le point le plus important, et le plus souvent raté par les articles alarmistes. Il ne faut pas supprimer le pain, les céréales ou les pommes de terre. Robert Barouki, directeur de l’Institut thématique Santé publique de l’Inserm, le dit sans ambiguïté : ce sont des aliments essentiels, et « nous ne pouvons pas faire de recommandations de santé publique en se focalisant sur un seul contaminant ».

Le risque, sinon, est d’aboutir à des conseils contradictoires : appauvrir une alimentation pour éviter un métal, et créer un problème nutritionnel à la place.

Les rares leviers individuels

Ils existent, mais l’Inserm est clair : ils sont limités, et la vraie réponse est collective, à la source. Trois pistes seulement sont évoquées :

Le tabac, enfin, est la deuxième source d’exposition après l’alimentation : le cadmium se concentre dans les feuilles de tabac. C’est, paradoxalement, le levier individuel le plus efficace du lot.

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