Dans le rayon des plats préparés, 72 % des produits affichent un Nutri-Score A ou B — et 71 % sont classés ultra-transformés. Les deux chiffres portent sur le même échantillon, et ils ne se contredisent pas. C’est ce paradoxe, mis en avant par des travaux de la chaire UNESCO Alimentations du monde, qui explique pourquoi un logo vert ne suffit pas à faire un bon dîner.

  1. 72 % des plats préparés analysés affichent un Nutri-Score A ou B.
  2. 71 % du même échantillon sont classés NOVA 4, donc ultra-transformés.
  3. Seul un plat sur trois échappe à l’ultra-transformation.
  4. Les deux systèmes mesurent des choses différentes : nutrition d’un côté, procédés de l’autre.
  5. Le Nutri-Score n’est pas obligatoire : les industriels choisissent de l’afficher ou non.

Deux étiquettes, deux questions

Le Nutri-Score répond à une seule question : que contient ce produit, pour 100 grammes, en gras, en sel, en sucre, en fibres et en protéines ? Un algorithme, un calcul, une lettre. Il ne dit rien de la façon dont le produit a été fabriqué.

La classification NOVA pose la question inverse : d’où vient cet aliment, et combien de procédés industriels et d’ingrédients de formulation — émulsifiants, arômes, texturants, amidons modifiés — ont été nécessaires pour l’obtenir ? Elle ignore complètement la composition nutritionnelle.

Un plat peut donc être pauvre en sel et en matières grasses, noté A, tout en étant un assemblage industriel de vingt ingrédients. Les deux étiquettes disent vrai. Aucune ne suffit seule. C’est exactement le piège.

Barquettes de plats préparés alignées dans un rayon réfrigéré
Un bon Nutri-Score ne dit rien du degré de transformation. Photo d’illustration.

Ce que le rayon a vraiment amélioré

Il faut le dire, parce que c’est vrai : le rayon des plats préparés a progressé. Sept produits sur dix correctement notés, ce n’est pas rien — cela traduit des recettes reformulées, moins salées et moins grasses qu’il y a dix ans.

Le problème est que cette amélioration s’est faite à l’intérieur du modèle industriel. Baisser le sel sans perdre le goût, c’est souvent ajouter des arômes. Baisser le gras sans perdre la texture, c’est souvent ajouter des texturants. Le score monte, la liste d’ingrédients s’allonge.

Une limite rarement rappelée

Le Nutri-Score n’est pas obligatoire. Ce sont les fabricants qui décident de l’afficher, ou pas — et on devine sans peine lesquels s’abstiennent. Un rayon où 72 % des produits sont bien notés est aussi un rayon où les moins bien notés ont pu retirer le logo.

Quant à l’ultra-transformation, aucun étiquetage obligatoire ne la signale aujourd’hui. Le consommateur doit la déduire lui-même de la liste des ingrédients.

La liste d’ingrédients reste le meilleur outil

Elle est gratuite, elle figure sur tous les paquets, et elle ne se contourne pas. Une liste courte, composée de mots que vous reconnaissez, vaut tous les logos réunis.

Trois repères simples suffisent en rayon :

Les rayons difficiles à prendre en défaut

Toutes les conserves ne se valent pas, mais les légumineuses en boîte — lentilles, pois chiches, haricots rouges — restent imbattables : des fibres, du fer, aucune transformation industrielle lourde. Les tomates au jus non plus n’ajoutent ni sucre ni épaississant, contrairement aux sauces cuisinées vendues juste à côté.

Un réflexe utile pour les légumineuses en conserve : les égoutter puis les rincer abondamment. Le sodium se concentre dans le liquide de couverture, et l’opération en élimine une bonne part.

Ce qu’il faut en retenir

Le rayon des plats préparés n’est ni un piège ni une solution. C’est un rayon où il faut lire, comme partout ailleurs. Le Nutri-Score reste un outil utile pour comparer deux produits de la même famille — deux lasagnes entre elles, deux pizzas entre elles. Il devient trompeur dès qu’on lui demande de dire si un aliment est « bon ».

Et pour les enfants, le constat vaut aussi au-delà du dîner : le rayon des goûters affiche des taux d’ultra-transformation encore plus élevés.

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