Une farine de sorgho bio a été rappelée le 3 septembre pour une teneur en toxines T-2 et HT-2 égale à 8,5 fois la limite réglementaire. Ces molécules ne sont ni un pesticide ni une bactérie : elles sont fabriquées par des moisissures du genre Fusarium, dans le champ, avant même la récolte. Elles ne se voient pas, ne se sentent pas, et la cuisson ne règle pas le problème.
- Farine de sorgho 500 g, marque Vieille Graine, lot G020MSG, à consommer jusqu’au 31 janvier 2027.
- Teneur mesurée : 8,5 fois la teneur maximale réglementaire en toxines T-2 et HT-2.
- Vendue de janvier à mars 2026, dans 17 magasins et 2 distributeurs du réseau bio.
- Ces toxines sont produites par des champignons du genre Fusarium sur les céréales.
- Effets cités par la fiche : troubles digestifs et effets immunosuppresseurs.
Le produit rappelé
Il s’agit de la farine de sorgho en sachet de 500 g de la marque Vieille Graine, code-barres 3770028267033, lot G020MSG, avec une date limite de consommation fixée au 31 janvier 2027. Elle a été commercialisée entre le 26 janvier et le 26 mars 2026, en France entière, via 17 magasins et 2 distributeurs du réseau biologique. Le rappel est volontaire, et le remboursement prévu.
Le décalage entre la fin de la vente — mars — et la publication de la fiche — septembre — n’a rien d’anormal pour ce type de contaminant : il faut une analyse pour le détecter, et une farine sèche se garde des mois dans un placard. C’est précisément pour cela que le rappel a lieu six mois plus tard.
Ce que sont les toxines T-2 et HT-2
La fiche officielle les décrit sans détour : ce sont des mycotoxines produites par des champignons du genre Fusarium, capables de contaminer les céréales. Autrement dit, la contamination ne vient ni du transport, ni du stockage en magasin, ni d’un défaut d’hygiène de l’atelier de meunerie : elle se joue au champ, quand la moisissure s’installe sur l’épi.
Une exposition à des teneurs supérieures aux limites réglementaires peut, toujours selon la fiche, entraîner des troubles digestifs ainsi que des effets immunosuppresseurs. C’est cette seconde propriété qui justifie des seuils très bas : l’enjeu n’est pas l’intoxication aiguë après un repas, mais l’exposition répétée.

Pourquoi la cuisson ne suffit pas
C’est le point qui surprend le plus. Face à une bactérie, la cuisson à cœur est une parade efficace. Face à une mycotoxine, elle ne l’est pas : il s’agit d’une molécule chimique stable, et non d’un organisme vivant. Les températures d’un four domestique n’en éliminent qu’une fraction. Un pain cuit avec une farine contaminée reste contaminé.
Même logique que pour le pesticide retrouvé dans des courgettes Monoprix ou pour le cadmium mesuré dans les pâtes : dès qu’on quitte le terrain microbien, aucun geste de cuisine ne rattrape la contamination. Seul le retrait du lot fonctionne.
Bio ou pas, la question n’est pas là
Le produit est bio, et cela va nourrir un raccourci qu’il faut désamorcer. Les mycotoxines ne sont pas un défaut de l’agriculture biologique : elles concernent toutes les céréales, quel que soit le mode de production, parce qu’elles dépendent d’abord de la météo — humidité à la floraison, pluie à la récolte, conditions de séchage.
Ce que le bio change, c’est l’absence de traitement fongicide de synthèse, qui peut peser dans certaines configurations. Mais le facteur déterminant reste le climat de l’année et la qualité du séchage après moisson. Un été chaud et sec favorise d’autres problèmes — nous en parlions à propos des effets des canicules sur les poules pondeuses — quand un été humide favorise, lui, les Fusarium.
Ce qu’il faut faire si le sachet est chez vous
Ne l’utilisez pas, même partiellement, et ne le donnez pas aux animaux. Rapportez-le au magasin pour remboursement. Vérifiez aussi les préparations faites avec : une farine achetée en mars a pu servir à des biscuits ou à des pâtes fraîches congelés depuis.
Enfin, un réflexe utile au quotidien : une farine qui sent le renfermé ou dont la couleur a viré se jette, sans discussion. Elle ne signale pas forcément une mycotoxine — celles-ci sont invisibles — mais elle signale à coup sûr un stockage humide, qui les favorise.